
Henry MINTZBERG
Voyage au centre des organisations
« Le management est, avant tout, une pratique où l’art, la science et l’artisanat se rencontrent »
Henry Mintzberg est professeur émérite de management à la Desautels Faculty of Management (Université McGill, Montréal). Figure iconoclaste et prolifique, il est l’un des théoriciens des organisations les plus influents des 50 dernières années.
Contrairement à une vision idéalisée du manager stratège planificateur, il montre que l’activité managériale est fragmentée, faite d’interruptions, de décisions rapides et d’interactions constantes.
Il identifie ainsi les rôles du manager (interpersonnels, informationnels et décisionnels), devenus un classique des sciences de gestion.
En stratégie, il critique l’excès de planification formelle et introduit la distinction entre stratégie délibérée et stratégie émergente.
Il propose également une typologie des configurations organisationnelles (structure simple, bureaucratie mécaniste, adhocratie, etc.).
Mots clefs- domaines
-
Configurations structurelles
-
Rôles du manager
-
Stratégie émergente
-
Adhocratie
-
Critique planification stratégique
• Contributions majeures :
🔹1. Les 6 composantes d’une organisation et les modes de coordination
-
Avant configurations, Mintzberg décompose toute organisation en 6 parties :
- Sommet stratégique (top management, PDG, Conseil d’Administration)
- Ligne hiérarchique (middle managers, superviseurs)
- Centre opérationnel (employés production/services directs)
- Technostructure (analystes standardisation : contrôleurs qualité, planificateurs, formateurs)
- Fonctions de support logistique (services support : RH, juridique, R&D, cafétéria, …)
- Idéologie (culture, valeurs partagées)
-
Ces parties coordonnent les activités via 5 mécanismes :
- Ajustement mutuel (coordination informelle et en direct)
- Supervision directe (hiérarchie)
- Standardisation procédés (règles, procédures)
- Standardisation du travail (objectifs, résultats)
- Standardisation des qualifications (formation professionnelle, technicité)
🔹2. Les 5 configurations organisationnelles :
L’apport le plus célèbre de Mintzberg est sa typologie des configurations organisationnelles, présentée dans The Structuring of Organizations (1979) et popularisée dans Structure in Fives (1983).
1. Structure simple (entrepreneuriale)
- Partie dominante : Sommet stratégique (entrepreneur/fondateur)
- Mécanisme coordination : Supervision directe
- Caractéristiques : Petite taille, jeune, environnement simple/dynamique, centralisation pouvoir, structure informelle, réactivité élevée
- Exemples : Startups, PME familiales, …
- Forces : Flexibilité, rapidité décision, vision claire entrepreneur
- Faiblesses : Vulnérabilité dépendance entrepreneur, croissance limitée, succession problématique
2. Bureaucratie mécaniste
- Partie dominante : Technostructure (analystes, contrôleurs)
- Mécanisme coordination : Standardisation procédés
- Caractéristiques : Grande taille, mature, environnement simple/stable, tâches routinières/répétitives, formalisation élevée, division horizontale/verticale poussée (taylorisme)
- Exemples : Usines automobiles, administrations, …
- Forces : Efficience production masse, prévisibilité, économies échelle
- Faiblesses : Rigidité, innovation faible, démotivation employés, dysfonctionnements bureaucratiques
3. Bureaucratie professionnelle
- Partie dominante : Centre opérationnel (professionnels experts)
- Mécanisme coordination : Standardisation qualifications
- Caractéristiques : Professionnels hautement qualifiés/autonomes (médecins, professeurs, avocats), environnement complexe/stable, décentralisation horizontale, faible hiérarchie opérationnelle
- Exemples : Hôpitaux, universités, cabinets avocats/comptables, o…
- Forces : Expertise, autonomie professionnelle, qualité services complexes
- Faiblesses : Coordination difficile entre professionnels, résistance aux changements, conflits professionnels-administrateurs,…
4. Structure divisionnalisée
- Partie dominante : Ligne hiérarchique (directeurs divisions)
- Mécanisme coordination : Standardisation du travail (objectifs financiers)
- Caractéristiques : Conglomérat, divisions autonomes , , marchés diversifiés/géographiquement dispersés, …
- Forces : Diversification risques, autonomie divisions, responsabilisation managers
- Faiblesses : Synergies limitées entre divisions, coûts siège social, court-termisme financier, tendance à la bureaucratie des divisions
5. Adhocratie (innovation)
- Partie dominante : Fonctions support / équipes projets
- Mécanisme coordination : Ajustement mutuel
- Caractéristiques : Innovation continue, équipes projets temporaires/fluides, structure matricielle/organique, environnement complexe/dynamique, faible formalisation
- Types : Adhocratie opérationnelle (projets clients : agences pub, consulting, …) vs Adhocratie administrative (R&D interne : labos pharma, Google X, ….)
- Forces : Innovation, créativité, adaptation rapide, expertise mobilisée dynamiquement
- Faiblesses : Coûts élevés, ambiguïté rôles/responsabilités, stress employés, inefficience administrative, …
🔹3.Les 10 rôles du manager : déconstruction du mythe du manager planificateur
Mintzberg identifie 10 rôles (regroupés 3 catégories) que managers jouent simultanément :
RÔLES INTERPERSONNELS (découlent de l’autorité formelle)
- Symbole représentatif de l’organisation
- Leader : motivation/direction employés, recrutement/formation/évaluation, création climat organisationnel. Rôle central qui traverse toutes activités.
- Agent de liaison : avec les parties prenantes de l’entreprise
RÔLES INFORMATIONNELS
- Observateur actif : collecter des informations (environnement externe/interne), scanner tendances, les problèmes émergents, les opportunités.
- Diffuseur (: transmettre les informations pertinentes aux subordonnés. Filtrer, interpréter, distribuer. Éviter la surcharge informationnelle.
- Porte-parole : communiquer à l’externe (médias, analystes, public, gpouvoirs publics) surl’ organisation.
RÔLES DÉCISIONNELS (découlent autorité + informations)
- Entrepreneur : initier les changements/innovations, lancer les projets développement stratégique. Proactif.
- Régulateur : gérer crises, conflits, perturbations imprévues.
- Répartiteur de ressources ( : budgets, temps (agenda personnel), autorisation décisions , …
- Négociateur : négociations majeures (contrats clients/fournisseurs, conflits syndicaux, acquisitions, alliances).
🔹4. Stratégies émergentes et stratégies délibérées
Henry Mintzberg distingue deux formes fondamentales de formation de la stratégie : la stratégie délibérée et la stratégie émergente.
La stratégie délibérée correspond à une intention clairement formulée par la direction, traduite en plans, objectifs et actions cohérentes, puis effectivement réalisée sans déviation majeure. Elle suppose un environnement relativement stable et un contrôle organisationnel fort.
À l’inverse, la stratégie émergente se forme progressivement, à partir des décisions et ajustements quotidiens, parfois sans intention initiale formalisée. Elle résulte de l’apprentissage organisationnel, des expérimentations et des réponses aux imprévus.
Pour Mintzberg, la stratégie réelle d’une organisation est souvent un mélange des deux : certaines intentions sont planifiées, d’autres se construisent dans l’action.
Cette distinction critique la vision strictement rationaliste de la planification stratégique.
Elle met en lumière le rôle de l’adaptation, de l’expérience et du terrain dans la construction stratégique.
Ainsi, la stratégie n’est pas seulement un plan conçu à l’avance, mais un modèle cohérent qui se révèle dans le flux des décisions.
Henry Mintzberg a profondément renouvelé la compréhension du management et de la stratégie en les ancrant dans la réalité concrète des organisations.
Contre les visions excessivement planificatrices ou technocratiques, il montre que le travail du manager est fait d’interactions, d’ajustements et de décisions situées.
Sa distinction entre stratégies délibérées et émergentes a marqué durablement la pensée stratégique contemporaine.
En mettant en évidence les rôles réels du manager et les différentes configurations organisationnelles, il offre une grille d’analyse toujours opératoire.
Son regard critique sur la formation des dirigeants rappelle que l’expérience ne se remplace pas par des modèles abstraits.
Mintzberg réconcilie ainsi rigueur analytique et pragmatisme. Son œuvre invite à penser le management comme une pratique vivante, faite d’équilibre entre vision, action et apprentissage. À ce titre, il demeure une référence incontournable des sciences de gestion.
• Bibliographie principale
-
Ouvrages fondamentaux
-
The Nature of Managerial Work (1973)
→ Analyse empirique du travail réel des managers ; fondement de la théorie des rôles managériaux. -
The Structuring of Organizations (1979)
→ Présentation des célèbres configurations organisationnelles (structure simple, bureaucratie mécaniste, adhocratie…). -
Structure in Fives: Designing Effective Organizations (1983)
→ Version synthétique et pédagogique de son modèle des cinq configurations. -
The Rise and Fall of Strategic Planning (1994)
→ Critique de la planification stratégique formelle et développement de la distinction stratégie délibérée / émergente. -
Strategy Safari (avec Bruce Ahlstrand et Joseph Lampel, 1998)
→ Panorama des dix écoles de pensée stratégique ; ouvrage incontournable en stratégie. -
Managers Not MBAs (2004)
→ Critique des MBA traditionnels et défense d’une formation ancrée dans l’expérience. -
Managing (2009)
→ Synthèse actualisée de sa conception du travail managérial. -
Articles clés
-
“The Manager’s Job: Folklore and Fact” (Harvard Business Review, 1975)
→ Article célèbre déconstruisant les mythes du management. -
“Patterns in Strategy Formation” (Management Science, 1978)
→ Article fondateur sur la stratégie émergente.
-

Copyright © 2026 All rights reserved






Un commentaire