
Herbert Simon (1916-2001)
Le théoricien de la décision et de la rationalité limitée
« Décider, c’est choisir entre des alternatives de telle sorte que le résultat soit le plus proche possible des objectifs fixés. »
Herbert Simon (1916-2001), prix Nobel d’économie en 1978 et pionnier de l’intelligence artificielle, a profondément renouvelé la théorie des organisations en plaçant la prise de décision au cœur du management.
Contrairement aux économistes classiques qui imaginaient un décideur omniscient capable d’optimiser chaque choix (Homo œconomicus), Simon démontre que l’être humain est limité par ses capacités cognitives, le temps disponible et l’imperfection de l’information. Pour lui, l’entreprise n’est pas seulement une structure de production, mais un vaste système de traitement d’information et de résolution de problèmes.
En introduisant le concept de « rationalité limitée », il a permis aux managers de comprendre pourquoi les décisions réelles diffèrent des modèles théoriques et comment concevoir des organisations qui aident les individus à décider plus efficacement.
Mots clefs- domaines
- Rationalité limitée
- Processus décisionnel (Modèle IMC)
- Satisficing (Satisfaction vs Optimisation)
• Contributions majeures :
🔹1. La Rationalité Limitée et le « Satisficing »
Simon conteste l’idée que le manager cherche la solution optimale. En réalité, face à la complexité, il s’arrête dès qu’il trouve une solution qui répond à ses critères de satisfaction minimaux (concept de satisficing, néologisme entre satisfy et suffice).
-
Implication managériale : Le rôle de l’organisation est de simplifier l’environnement du décideur pour que ses choix « satisfaisants » soient alignés avec les buts de l’entreprise.
🔹2. Le Modèle IMC (Intelligence, Modélisation, Choix)
Il décompose le processus de décision en trois phases itératives :
-
Intelligence : Identification du problème et collecte d’informations.
-
Modélisation (Conception) : Invention et analyse des solutions possibles.
-
Choix : Sélection d’une solution parmi celles identifiées. Ce modèle est encore aujourd’hui la base de la conception des Systèmes d’Information et d’Aide à la Décision (SIAD).
🔹3. Décisions programmables et non-programmables
Simon distingue les décisions de routine, qui peuvent être automatisées par des procédures (programmables), des décisions complexes et uniques qui exigent du jugement humain (non-programmables). Cette distinction a ouvert la voie à l’automatisation des processus et à l’usage de l’informatique en gestion.
Herbert Simon fait passer le management d’une science de l’action à une science de la cognition. En reconnaissant les limites de l’esprit humain, il a légitimé le besoin de structures organisationnelles, de procédures et d’outils technologiques pour pallier nos faiblesses décisionnelles.
Pour le manager, l’enseignement de Simon est clair : la performance ne vient pas de la quête d’une perfection impossible, mais de la capacité à créer un environnement où des individus aux capacités limitées peuvent prendre des décisions cohérentes et efficaces.
Son influence s’étend aujourd’hui jusqu’aux sciences des données et à l’intelligence artificielle managériale.
• Bibliographie principale
- Simon, H. A. (1947). Administrative Behavior, Macmillan.
L’ouvrage séminal où il introduit la rationalité limitée. Il y explique comment les organisations influencent les décisions individuelles pour assurer leur propre survie.
- Simon, H. A. (1960). The New Science of Management Decision, Harper & Row.
Un texte plus court et accessible où il détaille le processus de décision (IMC) et l’impact futur de l’informatique et de l’automatisation sur le travail des cadres.
- Simon, H. A. (1969). The Sciences of the Artificial, MIT Press.
Un réflexion plus large sur la conception des systèmes complexes (dont les organisations). Il y soutient que les entreprises sont des systèmes artificiels conçus pour atteindre des objectifs dans un environnement changeant.

Copyright © 2026 All rights reserved





